Comparatif · Statut

Portage salarial, EURL ou SASU à l’IR : comparatif

Statut, imposition, cotisations, arrêt maladie, retraite et chômage : les trois formules d'un consultant seul, et les règles de l'assurance chômage pendant et après le portage.

Informations vérifiées le 28 septembre 2026 sur les sources officielles · notre méthode

Un consultant qui démarre seul hésite souvent entre trois formules : rester salarié grâce au portage, créer une EURL, ou créer une SASU en profitant de l'option pour l'impôt sur le revenu, ouverte les cinq premières années. Elles diffèrent moins par le chiffre d'affaires facturé que par ce qui en reste, la protection sociale obtenue et le droit au chômage. Ce comparatif reprend les règles officielles en vigueur au 28 septembre 2026.

Les trois formules côte à côte

CritèrePortage salarialEURL à l'IRSASU à l'IR
Votre statutSalarié de la société de portageGérant associé unique : travailleur indépendantPrésident : assimilé salarié
CréationAucune : un contrat de travailStatuts, immatriculation, comptabilité complèteStatuts, immatriculation, comptabilité complète, option IR à notifier dans les 3 premiers mois
Ce que coûte le cadreFrais de gestion de la société de portage (de l'ordre de 5 à 10 % du CA selon les grilles publiées)Expert-comptable, frais de tenue et de formalitésExpert-comptable, frais de tenue et de formalités
ImpositionSalaire imposé à l'impôt sur le revenuBénéfice imposé chez l'associé (BIC ou BNC)Bénéfice imposé chez l'associé, rémunération du président comprise ; option limitée à 5 exercices, puis retour à l'IS
Cotisations socialesCotisations salariales et patronales sur le salaireCotisations des indépendants sur le revenu professionnelCotisations de cadre sur la rémunération du président ; traitement de la quote-part de bénéfice : voir plus bas
Indemnités maladieRégime salarié : 50 % du salaire, au plus 42,97 € par jourRégime indépendant : au plus 65,84 € par jour, après 12 mois d'affiliationRégime salarié, calculé sur la rémunération
Assurance chômageOuivous cotisez comme salariéNonATI sous conditionsNonATI sous conditions
Frais professionnelsRemboursés selon les règles de la société de portageDéductibles pour leur montant réelDéductibles pour leur montant réel

Sources : entreprendre.service-public.gouv.fr (fiches F31620, F36212, F36239, F36007), article 239 bis AB du CGI, ameli.fr, urssaf.fr, unedic.org.

Le portage salarial

La société de portage facture vos clients, prélève ses frais de gestion, puis vous verse un salaire, avec les cotisations salariales et patronales du régime général. Vous percevez en plus une indemnité d'apport d'affaires de 5 % (article L1254-9 du code du travail) et, en CDI, une réserve de 10 % du salaire de base de la dernière mission pour les périodes sans mission. Le portage s'adresse aux personnes qui justifient d'un niveau bac+2 ou de trois ans d'expérience dans leur secteur (F31620).

Les frais de gestion publiés par chaque société, et un calculateur à votre chiffre d'affaires, sont dans notre comparatif des sociétés de portage. Aucune source officielle ne donne la part du chiffre d'affaires qui revient en net au salarié porté : elle dépend des frais de la société et de votre situation.

L'EURL à l'impôt sur le revenu

Une EURL est soumise d'office à l'impôt sur le revenu : le bénéfice est imposé au nom de l'associé unique (F36212). Le gérant associé est un travailleur indépendant ; ses cotisations sont calculées sur son revenu professionnel.

Depuis 2026, cette assiette a changé : cotisations et CSG-CRDS sont calculées sur une base unique, le revenu professionnel diminué d'un abattement de 26 % (urssaf.fr). Les principaux taux 2026 pour un consultant (profession libérale non réglementée, traitée comme un commerçant) :

CotisationTaux 2026
Retraite de base17,87 % jusqu'à 48 060 €, 0,72 % au-delà
Retraite complémentaire8,10 % jusqu'à 48 060 €, 9,10 % jusqu'à 192 240 €
Maladie-maternitéProgressif : 0 % sous 9 612 €, jusqu'à 8,5 %
Indemnités journalières0,50 %
Invalidité-décès1,30 % jusqu'à 48 060 €
Allocations familiales0 % sous 52 866 €, puis progressif jusqu'à 3,10 %
CSG-CRDS9,70 %

Source : urssaf.fr, taux 2026 des artisans, commerçants et professions libérales non réglementées. Des cotisations minimales s'appliquent même sans revenu (967 € pour la retraite de base). L'URSSAF ne publie pas de taux global : il dépend du revenu.

La SASU à l'impôt sur le revenu

Une SASU est en principe soumise à l'impôt sur les sociétés, mais elle peut opter pour l'impôt sur le revenu si elle remplit les conditions de l'article 239 bis AB du CGI : créée depuis moins de cinq ans, moins de 50 salariés, chiffre d'affaires ou total de bilan inférieur à 10 M€, non cotée, capital détenu à 50 % au moins par des personnes physiques et à 34 % au moins par les dirigeants.

  • Délai : l'option se notifie au service des impôts dans les trois premiers mois de l'exercice concerné.
  • Durée : cinq exercices au plus, sans renouvellement ; la société revient ensuite obligatoirement à l'impôt sur les sociétés. Une renonciation anticipée est possible, mais définitive.
  • Imposition : le bénéfice est imposé directement chez l'associé ; la rémunération du président qui travaille dans la société n'est pas déductible et s'ajoute au bénéfice imposé (BOFiP).
  • Statut social : le président est assimilé salarié et cotise comme un cadre sur sa rémunération, sans assurance chômage (F36007).

Un point que les textes officiels ne tranchent pas clairement : pour l'associé qui travaille dans la société, le BOFiP indique que sa quote-part de bénéfice supporte la CSG et la CRDS « en plus des cotisations sociales qui sont susceptibles de s'appliquer », sans détailler davantage pour un président de SAS. Faites valider ce point par un expert-comptable avant d'opter.

La protection sociale comparée

  • Arrêt maladie : un salarié (porté, ou président de SASU sur sa rémunération) perçoit 50 % de son salaire journalier de base, au plus 42,97 € par jour en 2026 ; un gérant d'EURL, 1/730 de son revenu moyen des trois dernières années, au plus 65,84 € bruts par jour, après 12 mois d'affiliation et 3 jours de carence, et rien si son revenu est trop faible (ameli.fr).
  • Retraite : le salarié cotise au régime général et à l'Agirc-Arrco ; le gérant d'EURL, à la retraite de base et complémentaire des indépendants. Le niveau de pension dépend des cotisations versées, donc de la rémunération ou du revenu déclaré. Voir notre guide de la retraite des indépendants.
  • Chômage : seul le portage y donne droit ; les dirigeants peuvent, sous conditions, prétendre à l'allocation des travailleurs indépendants (ATI) ou souscrire une assurance privée.

Pour compléter une protection faible, voir notre comparatif mutuelle et prévoyance.

Le chômage : pendant et après le portage

Si vous créez plutôt une micro-entreprise pendant votre indemnisation, le calcul de l'allocation maintenue et de l'ARCE est détaillé dans Chômage et micro-entreprise : ARE ou ARCE.

Pendant le portage

Le salarié porté cotise à l'assurance chômage comme tout salarié. À la fin d'un CDD, après une rupture conventionnelle ou un licenciement, il peut percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) s'il a travaillé au moins 6 mois (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois, ou sur les 36 derniers mois à partir de 55 ans ; depuis le 1er avril 2026, 5 mois suffisent pour une première ouverture de droits (F38881).

  • Montant : 13,18 € par jour plus 40,4 % du salaire journalier de référence, entre 57 % et 70 % de ce salaire, avec un minimum de 32,13 € nets par jour ; montants non revalorisés au 1er juillet 2026.
  • Durée : au plus 548 jours avant 55 ans, 685 jours à 55 et 56 ans, 822 jours à partir de 57 ans.
  • Dégressivité : l'allocation baisse de 30 % à partir du 7e mois pour les allocations élevées, ce qui peut concerner des consultants aux salaires élevés.

Deux particularités du portage :

  • En CDI, les périodes sans mission ne sont pas rémunérées (article L1254-21 du code du travail). Le contrat n'étant pas rompu, elles n'ouvrent pas en principe de droit à l'ARE ; aucun texte officiel ne traite spécifiquement ce cas, qu'il faut faire préciser par France Travail.
  • La démission n'ouvre droit à l'ARE que dans les cas prévus, notamment la démission pour un projet de reconversion reconnu « réel et sérieux », après au moins 1 300 jours de travail continus sur 60 mois (unedic.org).

À l'inverse, un demandeur d'emploi indemnisé peut travailler en portage : son salaire se cumule avec l'ARE, qui est réduite de 70 % de ce salaire, dans la limite de son ancien salaire de référence.

Créer sa société après le portage

Si vous créez votre EURL ou votre SASU alors que vous percevez l'ARE, deux options s'offrent à vous (F15252) :

Maintien de l'AREAide à la création (ARCE)
PrincipeL'ARE continue d'être versée chaque mois, réduite en fonction des revenus de l'activité60 % des droits restants, moins 3 %, en capital
VersementMensuelEn deux fois : à la création, puis six mois plus tard si l'activité continue
RetraiteTrimestres validés pendant l'indemnisationPas de trimestres validés
ConditionDéclarer ses revenus chaque moisBénéficier de l'ACRE

L'ACRE, qui exonère une partie des cotisations la première année, a été réduite en 2026 : l'exonération est de 25 % pour un revenu jusqu'à 36 045 €, dégressive jusqu'à 48 060 € ; hors micro-entreprise, elle se demande à l'URSSAF dans les 60 jours (décret n° 2026-69 du 6 février 2026, urssaf.fr). Certaines pages publiques mentionnent encore l'ancien taux de 50 %.

Si l'activité s'arrête, l'allocation des travailleurs indépendants (ATI) peut être versée : 26,30 € par jour pendant 182 jours, sous conditions (deux ans d'activité, au moins 10 000 € de revenus sur une des deux dernières années, cessation d'une activité non viable ou liquidation judiciaire, ressources inférieures au RSA). Elle est ouverte aussi aux dirigeants assimilés salariés, comme un président de SASU (unedic.org).

Chiffrer votre cas

Le revenu net de chaque formule dépend de votre chiffre d'affaires, de vos frais, de votre rémunération et de votre foyer fiscal. Trois outils pour le chiffrer :

  • le comparateur officiel de l'URSSAF, qui met côte à côte SASU, entreprise individuelle et micro-entreprise, avec un réglage impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés, et compare revenus, retraite et protection (il ne couvre pas le portage) ;
  • les simulateurs officiels EURL et SASU de mon-entreprise.urssaf.fr ;
  • notre calculateur de frais de portage, qui donne les frais de gestion de chaque société à votre chiffre d'affaires.

Pour une EURL ou une SASU, un expert-comptable reste l'interlocuteur pour valider le montage : voir notre comparatif des experts-comptables.

Questions fréquentes

Portage ou SASU : lequel rapporte le plus ?

Il n'existe pas de réponse générale : le portage coûte des frais de gestion mais évite la comptabilité et donne droit au chômage ; la SASU coûte un expert-comptable et des formalités, mais laisse déduire les frais réels. Le comparateur officiel de l'URSSAF permet de chiffrer la SASU et l'entreprise individuelle, et notre calculateur les frais de portage.

Peut-on toucher le chômage en portage salarial ?

Oui : le salarié porté cotise à l'assurance chômage et peut percevoir l'ARE à la fin d'un CDD, après une rupture conventionnelle ou un licenciement, s'il a travaillé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois.

Combien de temps peut-on rester en SASU à l'IR ?

Cinq exercices au plus, sans renouvellement ; la société passe ensuite à l'impôt sur les sociétés. L'option n'est ouverte qu'aux sociétés de moins de cinq ans.

Le président de SASU a-t-il droit au chômage ?

Non, pas à l'ARE au titre de son mandat. Il peut en revanche prétendre à l'allocation des travailleurs indépendants si son activité cesse et qu'il remplit les conditions, ou souscrire une assurance chômage privée.